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Francis en armes dans les rues d'Ettelbruck durant la première Libération

Frankie Hansen était un jeune luxembourgeois de la génération que le fascisme et l’occupation par l’Allemagne nazie poussèrent à l’action et à la résistance armée.

Le parcours exceptionnel de ce jeune résistant de la première heure, arrêté et torturé par la Gestapo comme gréviste lors de la grève générale d'août 1942 contre l'occupant, commença lorsqu’il fut emprisonné dans un camp de concentration à Hinzert, en Allemagne.

Au terme d'un long voyage à travers les prisons de l'Allemagne nazie et de la Pologne occupée, il fut déporté et interné pendant près de 2 ans dans un camp SS près de Lublin. Le retour au pays débuta par une évasion miraculeuse sous l’uniforme d’un sous-officier allemand qu’il avait maîtrisé à mains nues lors du chaos créé par l’avancée de l’Armée rouge.

Après une odyssée à peine imaginable d’un mois à travers la Pologne et l’Allemagne nazie bombardées, déjouant les contrôles omniprésents, il réussit à rejoindre sa ville natale peu avant la première Libération par l’armée américaine, le 11 septembre 1944.

Avec d’autres jeunes, rescapés des camps ou de retour d’exil, il forma un groupe de partisans le long de la ligne Siegfried, tenue par la Wehrmacht pour protéger le IIIe Reich en Allemagne même.

Au contact des soldats américains, il se porta volontaire et s’engagea dans la 8e division américaine sous l’identité d’un GI mort au combat. Envoyé au front près d’Aix-la-Chapelle fin novembre 1944 il se distingua maintes fois lors des combats acharnés de la forêt de Hürtgen, en territoire allemand.

Lors de l’offensive vers Cologne, en plein mois de février 1945, traversant la Roer à la nage en pleine nuit sous le feu ennemi, il réussit à déminer un pont d'importance cruciale pour la percée du lendemain. Cette action lui valut la “Silver Star” américain, décernée pour la première fois à un civil étranger enrôlé à titre exceptionnel pour mérites au combat.

Les semaines et les mois suivants, Frankie Hansen continua sa progression à l’intérieur de l'Allemagne avec la célèbre 8e division. Il participa aux durs combats de la Ruhr après la traversée de la Roer, et pour finir atteignit et traversa finalement l'Elbe le 1er mai 1945.

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Francis Hansen à 18 ans
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Sa carte de footballeur amateur de l’équipe de sa ville. Notons que les mots en français ont été barrés et remplacées par des mots en allemand par les occupants du pays.

La résistance et l'arrestation

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Francis Hansen à 18 ans

Francis Hansen naît le 21 Mai 1922 à Diekirch, au Luxembourg. Il n’a même pas dix-huit ans, le 10 mai 1940, quand la Wehrmacht envahit le Grand-Duché.

En 1941 il fait partie du réseau de résistants LVL (Lëtzebuerger Volleks-Légioun) des villes d’Ettelbruck et de Diekirch et devient très vite chef de groupe et responsable de la liaison entre les deux sections.

C’est fin août-début septembre de 1942 que sa vie connaît un tournant dramatique. Après que les nazis aient introduit la conscription forcée des jeunes luxembourgeois pour les envoyer en tant que recrutés de force sur le front de l’Est, un grand mouvement populaire se lève et beaucoup de Luxembourgeois s’opposent à la conscription.

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Sa carte de footballeur amateur de l’équipe de sa ville. Notons que l'occupant a rayé et remplacé les mots français par des mots allemands.

La Résistance appelle à la grève générale contre la conscription forcée ! Par cette mobilisation- jusqu’alors sans précédent dans l'Europe occupée- la Résistance luxembourgeoise connaît son premier exploit d’ampleur.

Francis Hansen participe à l'organisation de la grève générale en distribuant des tracts dans les villes et villages dans le Nord du pays.

A Diekirch, à l’imprimerie où il est apprenti typographe, non seulement il encourage ses collègues de travail à faire grève, mais il sabote aussi les machines sur lesquelles est imprimé du matériel de propagande du régime d’occupation. Son employeur le dénonce à la Gestapo.

Le lendemain, aux premières heures du 1er septembre 1942, la Gestapo l’arrête dans la maison familiale. Il est transféré à la Villa Conter à Diekirch, pour un premier interrogatoire.

Pendant la nuit du 1er au 2 septembre, on le transfère à la prison du Grund, dans la ville de Luxembourg, où il subit un premier interrogatoire "musclé". Sont rassemblés là 50 à 60 grévistes, incarcérés après les arrestations des meneurs de la grève générale. 24 grévistes seront fusillés pour l’exemple.

Une semaine plus tard, il est transféré au siège de la Gestapo à la Villa Pauly. Hartmann, un officier de la Gestapo essaye d’abord de "raisonner" le jeune Francis et l’incite à collaborer. Francis refuse net toute proposition de rejoindre la Wehrmacht et de dénoncer des membres de son réseau. Le lendemain le ton change du tout au tout. Après des heures debout face au mur, deux tortionnaires se mettent à le battre furieusement avec leurs matraques en caoutchouc jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Devant l’obstination du prisonnier, une brute de la Gestapo dans un accès de colère déchaînée lui casse toutes les dents de la mâchoire inférieure gauche à coup de bottes. Tout son corps est marqué de plaies et d'hématomes. Il urine difficilement et au prix de violentes douleurs.

Presque moribond, Francis passe les jours suivants sans soins dans sa cellule. Devant l’obstination du prisonnier pendant un quatrième interrogatoire, la Gestapo décide de l’incarcérer dans le camp de concentration de Hinzert.

Le grand voyage:

Hinzert, Cologne, Hanovre, Berlin, Poznan, Varsovie, Lublin

Hinzert

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L’internement au camp de Hinzert. a lieu le 18 septembre 1942. Un nouvel interrogatoire porte sur l’organisation et les dirigeants de la grève. Malgré son jeune âge, les SS le nomment chef de quartier, le harcèlent et le maltraitent à chaque occasion. Battu plusieurs fois jusqu’à l’évanouissement, sa condition physique se détériore rapidement. Suite à un coup de crosse d’un gardien SS dans le dos et les reins, il souffre de fortes fièvres dues à une infection rénale. Immobilisé pendant trois semaines à l'infirmerie, son état ne s’améliore guère.

Le 13 janvier 1943 les prisonniers sont embarqués pour une destination inconnue qu’on soupçonne être la Pologne. Francis entame son grand voyage de déportation en étant dans un état misérable, malade à mourir. Il a des poussées de fièvre de 41 degrés, perd plus de vingt kilos et ne pèse plus que 45 kilos.

Cologne „Klingelpütz“

De Trêves le convoi se met en route pour la prison malfamée de „Klingelpütz“ située à Cologne, de sinistre réputation : l'épouvante saisit les Luxembourgeois, qui savent que cette prison est célèbre en tant que lieu d’exécution surtout pour les opposants allemands. C'est ici que seront exécutés 21 condamnés à mort Luxembourgeois au cours de la guerre. Trois codétenus allemands qui se sont ajoutés au convoi à Trêves y sont fusillés sur-le-champ.

Hanovre.

Le 18 janvier 1943 le voyage se poursuit dans des wagons cellules vers Hanovre. Les prisonniers sont hantés par la crainte d’être transférés à Sachsenhausen, camp de concentration établi en 1936 pour les prisonniers politiques et qui se situe à 35 kilomètres au nord de Berlin. Mais, les déportés sont divisés en quatre groupes et prennent le chemin de la prison d' Alexanderplatz, surnommée "Die Rote Burg".

Berlin "Die Rote Burg"

Le 29 janvier, le groupe de déportés luxembourgeois de Francis rejoint Berlin. A la prison du "Roter Alex" ils apprennent que la destination de leur voyage est Lublin en Pologne. Francis rédige une lettre sur du papier toilette qu’un détenu réussit à faire sortir et qui arrivera finalement à ses parents. « Courage chers parents, nous sommes tous très solidaires…. Ces derniers mois j’ai acquis tellement d’expérience que je me sens préparé pour affronter n’importe quelle situation». Lettre du 30.1. 1943.

Poznan

Le lendemain, son groupe est enchaîné et escorté par la police vers le wagon cellulaire qui les emmène à Posen (Poznan), où ils seront en transit à la prison "Wilhemsplatz 12" jusqu'au 5 février. Victor Abens et Christian Scholl, le plus âgé de plus d’une douzaine d’autres Luxembourgeois, font partie de ce groupe. Leur séjour à la prison de Wilhemsplatz 12 à Poznan est documenté jusqu'au 5 février.

Varsovie-Danilowiczowska

Le 6 février 1943, Francis et son groupe de détenus arrivent à la prison du 7 rue Danilowiczowska, à Varsovie où plus de mille détenus, surtout des prisonniers politiques polonais et juifs y sont entassés dans des conditions inhumaines.

La prison de la rue Danilowiczowska se situe juste à proximité de la grande synagogue et du ghetto de Varsovie. Francis y demeure pendant la période juste après le 18 janvier 1943, journée cruciale pour la résistance juive, qui vient de se manifester pour la première fois dans le ghetto. Elle prépare le soulèvement armé contre les rafles organisées par les nazis, destinées à liquider les quarante à cinquante mille Juifs restants en les déportant dans les différents camps, principalement à Tréblinka.

Le soulèvement du ghetto de Varsovie suivra le 19 avril 1943, veille de Pessa'h, la Pâque juive, quand les derniers survivants juifs, un millier d’hommes et de femmes du ghetto s’insurgeront en armes contre les nazis.

C'est à ce moment critique, dans le froid polaire de l'hiver polonais, vêtu d’une chemise à manches courtes (celle qu’il porta l'été précédent lors de son arrestation), que Francis passe environ une dizaine de jours dans des conditions terribles dans cette prison à Varsovie. Sa santé se détériore dangereusement. La fièvre monte à 41 degrés, conséquence d'une infection de virus ou de bactéries, communément appelée "fièvre russe".

Lublin

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Le château de Lublin

Le départ de Varsovie à Lublin a lieu vers le 15 février 1943. Ravagé par la maladie,soutenu par ses compagnons pour rejoindre les camions, il risque d’être abattu s'il s’écroule. Des camions les amènent à Lublin sous la surveillance de collaborateurs polonais.

Malgré son état Francis remarque que dans la rue, des passants polonais bravent les surveillants pour donner un bout de pain, une cigarette ou même une tasse de thé chaud aux prisonniers. Il apprend à apprécier le courage de la population et des résistants polonais.

En dépit de l'épreuve du voyage, il ne succombe pas à la maladie.

Lorsque les prisonniers arrivent à la prison du « Château de Lublin », il fait encore jour. Ici l'occupation allemande de la Pologne emprisonna jusqu’à 80 000 personnes pendant les années de 1939-1945. La plupart d'entre elles étaient des résistants polonais.

Au "Château de Lublin" Francis passe plusieurs jours entre la vie et la mort. Ici aussi, les conditions sanitaires sont atroces, les punaises et la dysenterie affectent les détenus luxembourgeois affaiblis. La majorité de leurs codétenus, les prisonniers politiques polonais, ne reverront plus jamais la liberté.

Les dents purulentes et les plaies de la mâchoire et du dos non cicatrisées font moins peur que la forte fièvre de Francis. Lors d'un appel pour sélectionner les mourants dans l'infirmerie de la prison, ses compagnons le tiennent debout. Presque inconscient, il relève la tête, rassemble ses dernières forces et entame une chanson de Tino Rossi pour divertir les SS... feignant de n’être pas mourant. Il sauve ainsi sa vie, car les SS liquidaient sur place par une injection d'air les détenus considérés comme "mourants"

À l'infirmerie un codétenu luxembourgeois aide Francis, une séance de prière est organisée par ses amis pour l'assister. Mais grâce à un prisonnier dentiste juif, sa destinée change! Avec l'aide d'une bague et autres bijoux en or dissimulés, qui avaient échappé au contrôle du commando SS après son arrestation, ce prisonnier lui confectionne plusieurs dents. Ces dents en or accompagneront Francis longtemps durant sa vie après la guerre et lui rappelleront de temps en temps ce généreux dentiste juif, que les SS assassinèrent quelque temps plus tard...

SS-Sonderlager Dobrowicza (Lublin)

Internement de février 1943 à juillet 1944

Le groupe de Francis est interné au SS-Sonderlager Dobrowicza (Lublin) dans les environs de la ville de Lublin. Dobrowicza est un camp de travail forcé. Ce camp est rattaché à l'autorité de la SS et du chef de la police du district de Lublin. Les conditions de détention ne sont pas comparables à celles du camp d’extermination de Majdanek. Par chance les déportés sont enfermés dans un espace clos, ressemblant plutôt à une ferme et dont la surveillance n'est ps aussi sévère que celle d'un camp de concentration classique (KZ). Les prisonniers y sont employés à des travaux forcés, comme faire des terrassements pour la construction de routes.

Très vite Francis s’impose à ces camarades comme leader malgré son jeune âge. Il est le plus jeune du groupe des déportés luxembourgeois. Sa santé s’améliore. Francis sait remédier à la famine et au manque de calories du groupe des déportés luxembourgeois par des actions audacieuses et bien calculées. Pendant un déchargement il détourne un sac de 50 kilos de pâtes qui prennent le chemin de la cuisine des prisonniers.

Une nuit, le jardin des SS est pillé et l’étang artificiel vidé de ces truites. Il est courageux et prend des risques, mettant sa vie constamment en danger: Il sort par les canalisations du camp et de ses incursions nocturnes chez les partisans et les paysans polonais il ramène parfois des pommes de terre et fait sortir des messages non censurées.

Son coup le plus spectaculaire est sans doute l’élimination du chien berger allemand dressé pour attaquer les prisonniers et qui mord avec prédilection les tendons des prisonniers.

Un jour, après un patient travail de préparation qui dure des mois, Francis réussit à faire monter le chien sur la tour de surveillance inoccupée et le pousse dans le vide. Les SS qui trouvent le chien avec la nuque brisée ne peuvent pas expliquer comment ce chien a pu monter l’échelle de deux étages jusqu’à la tour de surveillance.

Une autre fois Francis dérobe un appareil photo dans le bureau des SS et le remet à Christian Scholl qui s’en sert pour photographier la vie dans le camp. Après quoi, l'appareil photo est remis à sa place.

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Christian Scholl et Francis Hansen​

Mais la chance n’est pas toujours au rendez-vous! Lors d’une escapade du camp l’alarme est donné et il doit se cacher pendant des heures dans les excréments des latrines.

En plus, une lettre sortie clandestinement arrive à la conjointe d’un prisonnier au Luxembourg, qui se plaint des conditions d’internement à la Gestapo au Luxembourg. Celle-là informe aussitôt les autorités du camp en Pologne sur les fuites des messages. Les SS alignent tous les prisonniers pendant des heures et leur ordonnent de livrer le coupable sous peine de sévères représailles collectives.

Francis, le plus jeune et le plus sportif des prisonniers luxembourgeois, assume la responsabilité et se livre aux SS qui le rouent de coups et le fouettent férocement devant les autres prisonniers.

Alors, Francis se souvient avoir vu de ses propres yeux ce qui arriva à Hinzert au détenu Luxembourgeois Albert Wingert qui avait osé braver le célèbre tortionnaire sadique Ivan le Terrible. C'est pourquoi, à chaque coup du SS il fait un saut en arrière, ce qui remplit le tortionnaire de fierté pour sa force physique...

Malgré les coups durs, la santé de Francis s’améliore. Il reprend du poids et impressionne les SS par son corps musclé et entraîné. Ils l’exhibent même nu comme exemple. Son passé de footballeur lui donne l’occasion de jouer avec l’équipe des prisonniers russes contre l’équipe des SS.

A partir de 1944 Francis est souvent affecté au quartier central de la Gestapo de Lublin ou il s’occupe du magasin de meubles des SS...

L’odyssée du retour vers le Luxembourg

Fin juin, le front oriental est enfoncé et les familles des SS commencent à fuir vers l’Allemagne. L’offensive russe contre Lublin débute le 18 juillet 1944. Les défenses allemandes sont écrasées et percées. Le lendemain, l'aviation soviétique attaque les positions défensives allemandes, tandis que les troupes au sol se rendent rapidement maîtres de la première ligne de défense allemande. Les faubourgs de Lublin sont atteints par les blindés soviétiques. La ville est encerclée le 23 juillet. La panique s’empare des troupes allemandes.

Le 21 juillet Francis qui est occupé au quartier général de la "Sicherheitspolizei" de la police de sécurité, profite du chaos provoqué par l’afflux de troupes en retraite de la Wehrmacht pour s’infiltrer dans la zone interdite où il se rend dans le mess des officiers déserté. La soupe fumante servie sur la table attendait les seigneurs. Plein d'excitation, ressentant le pouvoir des maîtres s’anéantir, il saisit le bol de soupe et la balance dans le vide, par dessus les rampes d'escalier en fer forgé du premier étage.

Le bruit ne manque pas d’alerter un sous-officier qui s’élance sur lui. Après un bref combat il « neutralise » le nazi, s’empare de son uniforme et enlève les insignes. Il fourre quatre bouteilles de Schnaps dans un sac, rejoint les convois allemands en fuite, échange une de ses bouteilles pour avoir un siège et monte dans un camion.

Partant, il observe plusieurs pendus dans la zone du camp voisin. Le convoi traverse le pont sur la Vistule juste avant qu’on le fasse sauter et se dirige vers la ville de Radom.

Francis a eu de la chance de n’avoir pas été traité comme les prisonniers ordinaires. En effet, plusieurs centaines de prisonniers du Château de Lublin sont assassinés juste avant l'invasion soviétique, et la chance de Francis est probablement due au SS-Obersturmbannführer Koschig. Francis, qui veut retourner au Luxembourg profitera de l’aide de cet officier allemand. Celui-ci avait été muté de la police de sécurité au Luxembourg à Lublin comme inspecteur administratif en 1943. Koschig, qui n'a plus d’illusions sur la défaite de l'Allemagne nazi, se fait des soucis pour sa famille restée au Luxembourg. Il remet plusieurs lettres à Francis pour sa femme au Luxembourg et lui certifie à Radom sur une simple lettre à entête officielle son emploi comme laveur de voitures sous l’autorité de la SD Lublin.

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Le certificat de Koschig
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Le certificat de Koschig renouvelé

C’est l’unique papier que le détenu évadé possède pour affronter le retour périlleux dans la tourmente du débâcle de l’armée Allemande. Mais ce papier sans photographie ne vaut pas grand chose, il n'est pas accompagné d'un vrai document d'identité. Ce pseudo-certificat est renouvelé deux fois, la dernière à Częstochowa (Czenstochau) du 21 août jusqu’au 30 août.

Pour rentrer au pays, il est livré à lui-même. Tandis qu'à Varsovie, l’insurrection de la résistance polonaise fait rage et est écrasée, Francis ne se déplace plus qu'en uniforme de la Wehrmacht et se fait passer pour recrue luxembourgeoise. A Częstochowa poussé par la faim, il fréquente au péril de sa vie les cantines militaires et risque de se faire arrêter et fusiller comme déserteur à tout moment et à plus d’une reprise.

Il trouve un soutien au fameux monastère de Czestochowa, les autorités ecclésiastiques le cachent pendant quelques jours, lui donnent un peu d’argent et une image de la Vierge Noire pour que la Vierge le protège pendant son voyage du retour. Cette image sa mère la gardera jusqu’à sa mort.

Comme beaucoup d'autres soldats dispersés, il est intercepté par la police militaire lors d'un regroupement pour réorganiser les troupes et est réaffecté à une unité de combat destinée au front de l'est voisin.

A la gare de Częstochowa, où convergent aussi les trains pour le front occidental, il se mêle aux soldats de la Wehrmacht dont les wagons se dirigent vers l'ouest. Lors d’un contrôle il saute du train pour en reprendre un autre. Une boisson de la dernière bouteille d'alcool restante réussit à détendre l’atmosphère et le rend sympathique à la soldatesque suspicieuse.

Fin août Francis arrive à la gare de Wroclaw (Breslau). Un officier de police de retour du front de l’Est lui ordonne de porter ses deux valises élégantes en cuir clair. S’engouffrant dans la foule, Francis s’éclipse. Il se cache dans des toilettes, y enfile des vêtements civils et cache l’uniforme dans la chasse d’eau.

D'autres trains l’amènent finalement à Cologne et puis à Trèves où il quitte la route surveillée pour longer les rails sur 40 km jusqu’à Ettelbruck où il trouve refuge chez des amis paysans à Feulen, village à coté d’Ettelbruck.

Dans la valise de l’officier il trouve un appareil Leika contenant un film avec des photos prises au Front de l'Est.

Libération du Grand-Duché du Luxembourg.

La milice de Vianden

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Les partisans de Vianden. Francis est deuxième à droite

De retour à Ettelbrück il se joint à un groupe de réfractaires et de déserteurs de la Wehrmacht qui se procurent des armes et entreprennent des coups de main contre les occupants en pleine débandade.

Le 10 septembre 1944, dès l’aube, des unités de la 5e division blindée américaine libèrent la partie sud du pays et le 11 septembre 1944 des troupes américaines avancent vers le nord et l’est du Luxembourg. Les unités de la 5e division blindée U.S., renforcée aux flancs par des éléments de la 28e division d’infanterie, libèrent le pays localité après localité.

Le 11 Septembre 1940, lors de l’entrée triomphale des troupes américaines, le frère de Francis guide des éclaireurs sur une colline d’où ils dirigent un feu d’artillerie dévastateur sur un convoi allemand.

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Les deux frères Pierre et Francis Hansen
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Francis en armes dans les rues d'Ettelbruck durant la première Libération

Après avoir participé à l'arrestation de collaborateurs Francis rejoint un groupe de partisans, connu comme «Milice » sous le commandement de Victor Abens, originaire de la petite ville frontalière de Vianden et ancien codétenu de Francis à Lublin.

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Victor Abens et Francis Hansen
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Francis avec un autre partisan à Vianden
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Francis et des camarades partisans à Vianden

Cette petite ville de Vianden est séparée de l’Allemagne par un fleuve, flanquée d'une haute falaise, qui constituant la frontière naturelle, est un point hautement stratégique.

Vianden est abandonnée par sa population, elle est vide. Elle se situe en plein No man’s land. L’armée américaine se tient à distance, à quelques kms en arrière.

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Le lieutenant de la 8e division Milard O. Engen

Les partisans-miliciens se livrent à des incursions en territoire allemand le long de la Siegfriedlinie. La trentaine de ces miliciens interceptent des patrouilles allemandes et font des prisonniers qu’ils remettent à l’armée Américaine et livrent des informations sur les mouvements de l’armée allemande située en face sur la colline.

C’est ainsi que Francis fait la connaissance d’un jeune lieutenant de la 8e division, Milard O. Engen avec lequel il se lie d’amitié, et grâce auquel il est enrôlé comme volontaire le premier novembre 1944 sous l’identité du soldat Gordon Bayes, Houston, Texas, mort au combat.

L'enfer de Hürtgen et la traversée de la Roer

Le premier bataillon du 28e régiment de la 8e division d’infanterie est entré au Luxembourg le 1er octobre après avoir livré des combats acharnés en Normandie et établi son quartier général hors de portée des canons allemands. Le bataillon reste trois semaines dans ses positions et entreprend des incursions sur la Siegfriedlinie.

Se liant d’amitié avec les GIs de la compagnie A, Francis en profite pour améliorer sa connaissance d’anglais. La parfaite maîtrise de la langue allemande, sa connaissance de la psychologie de l’ennemi et surtout sa profonde motivation d’en découdre avec les Nazis font de Francis une recrue de choix pour l’armée américaine.

A peine trois semaines plus tard, le soldat « inofficiel » Francis Hansen, dont le nom est américanisé en Frankie, est transféré avec la 8e division dans des camions sur le front de la forêt de Hürtgen , une tête de pont isolée en territoire allemand.

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Frankie Hansen décoré du Purple Heart
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Blindés américains à Hurtgenwald

En arrivant sur place, les GIs de la 8e division se rendent compte de l’état épouvantable et du moral au plus bas des troupes qui pendant trois semaines avaient essayé en vain de percer le front ennemi et dont les pertes se comptent par milliers.

Le 19 novembre 1944, le bataillon prend ses positions en suivant un étroit sentier déminé de plusieurs kilomètres. Le sentier soumis à un feu d’artillerie ininterrompu ne peut être emprunté que de nuit. Le faux-pas d’un GI fait exploser une mine et est suivi par un tir de mortier qui coûte la vie à quatre membres du quartier général.

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Hürtgenwald, après les combats
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Hürtgenwald, mines
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Hürtgenwald, les survivants

Frankie apprend que la première règle de survie dans la « forêt de la mort » , comme l’appellent les Allemands, consiste à ne pas s’écarter d’une pousse du chemin déminé. Le champ de bataille de la forêt de Hürtgen est truffé de centaines de milliers de mines antipersonnel invisibles, souvent attachées aux troncs d’arbres déchiquetés par des fils, et qui explosent au moindre contact.

Des ennemis invisibles les attendent,cachés dans des positions fortifiées, avec des nids de mitrailleuses bétonnés et des pièces d’artillerie camouflées. Impossible pour les Américains de profiter de leur suprématie en tanks et autre armement lourd dans ce terrain impénétrable en plein hiver. Leur force aérienne reste clouée au sol.

Les fantassins américains manquent cruellement de puissance de feu et se trouvent exposés dans leurs tranchés creusées à la hâte à l’incessant feu ennemi. Trente mille obus s’abattent sur eux avec une moyenne de 3000 par jour pendant douze jours et douze nuits.

Vossenack

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L’église de Vossenack en ruines
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La route vers Vossenack, exposée pendant des jours aux tirs ennemis, quitte la route principale à hauteur du village et mène par un sentier escarpé à travers un champ truffé de mines au bord duquel gisent encore les cadavres des démineurs de la 28e division. Pendant le séjour à Vossenack et ses environs, le premier bataillon est pris sous un tir d’artillerie comme il ne l’avait pas connu même sur les champs de bataille en France. Une grêle de plus de 5000 obus s’abat pendant 24 heures sur les positions des soldats terrés dans des tranchées.

L’expérience traumatisante de douze jours d’exposition à un tir d’artillerie ininterrompue dans des tranchées remplies de boue, les vêtements trempés, sans ravitaillement et sans renforts, en écoutant les hurlements et les cris des blessés agonisants dont la tranchée voisine, dans l’impossibilité de pouvoir réagir, reste ancrée à jamais dans la mémoire de Frankie.

Une pluie interminable s’abat pendant tout le mois de novembre et de décembre sur Vossenack et les soldats dorment dans la bouillasse et l’eau puante. L’histoire de la compagnie consiste en une longue litanie de plaintes sur le manque d’hommes aptes au combat, d’attaques et de contre-attaques, d’hommes blessés par des shrapnels passés par les ouvertures des tranchées insuffisamment protégées par de simples troncs de sapins, de heurts avec des patrouilles ennemis.

Pendant des jours il n'y a rien à manger et les blessés ne peuvent être évacués que pendant la nuit par un sentier exposé au feu ennemi. A chaque fois de nouvelles victimes sont à déplorer.

Frankie est de toutes les missions. Il se porte systématiquement volontaire aux incursions de reconnaissance en terrain ennemi, il participe aux plus grand nombre de patrouilles.

Des compagnies mènent des contre-attaques avec des forces de moins de 40 hommes. Des hommes incapables de marcher doivent tenir les positions, une pneumonie n’est pas une raison pour être évacué.

Le souvenir le plus atroce de ces jours reste pourtant celui de l’odeur âcre des cadavres en décomposition allongés par centaines dans les ruines et les arbres décapités, ainsi que la puanteur de la boue dans les tranchées inondées.

Le village de Vossenack après des semaines de combat n’est plus qu’un amas de ruines. Après douze jours d'isolement dans ce qui reste de ce village, exposés sans cesse aux tirs d’obus, sans ravitaillement en vivre et en armes, les soldats sont enfin relevés par le troisième bataillon.

Ce village autrefois idyllique entouré de forêts denses devient le symbole des journées les plus éprouvantes pour les soldats du premier bataillon. Vossenack, comme l'écrit Ernest Hemingway, change 23 fois de mains.

Frankie qui canarde les ennemis derrière le mur qui entoure le jardin de la maison du pasteur près de l'église complètement détruite, autour de laquelle des combats corps-à-corps ont lieu, se rappelait que les cadavres américains et allemands étaient empilés les uns sur les autres.

Le 27 novembre ils sont exposés à de nombreuses attaques. Le Lt. Colonel E. Smith prend le commandement le 7 décembre, et cinq jours plus tard il est déjà mort.

A Vossenack, les Américains ont eu deux fois plus de pertes que la Wehrmacht.

Le 18 décembre, alors que le bataillon se trouve toujours dans les environs de Vossenack, la Wehrmacht lance l’offensive des Ardennes, aux frontières belge et luxembourgeoise.

Le moral est au plus bas car aucun renfort n’est plus attendu et la tête de pont de la 8e division n’en est que plus isolée.

Le front près de Düren et la percée sur la rivière Roer

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Duren en ruines

Le 7 février 1945 l’ordre est donné au premier bataillon de la huitième division d’infanterie de quitter ses positions au Hürtgenwald à l’ouest d’Aix-la-Chapelle (Aachen). L’espoir d’avoir droit à un congé après deux mois de durs combats et d’énormes pertes humaines dans la «forêt de la mort allemande» est vite déçu. Le bataillon est seulement remplacé et s'installe dans le village de Lendersdorf aux alentours de Düren, côté ouest du fleuve de la Roer. Cependant la joie est grande, ils croient échapper à la mort, à des tueries insensées, aux souffrances inouïes...

Entre temps l'offensive allemande des Ardennes à laquelle on a donné le nom " d'offensive von Rundstedt " s’effondre. L'espoir d'un répit s’avère être une erreur. En réalité le bataillon ne fait que changer de position. Des 180 hommes de la compagnie qui avaient gagné les positions près de Vossenack pendant la nuit du 28 novembre, 17 seulement sont encore en état de combattre, la plupart sont morts ou blessés. La division compte 4000 pertes pour les seuls combats de novembre à décembre.

Frankie s’est aguerri au combat rapproché. Au lieu du lourd fusil de fantassin il s’est équipé d’un pistolet mitrailleur Thompson, de deux pistolets automatiques et de grenades à main. Blessé à deux reprises lors des heurts quasi quotidiens entre patrouilles ennemis, il est décoré du Purple Heart avec étoile.

Attendant la grande offensive vers Cologne, centre industriel stratégique du Troisième Reich, les GI´s s´installent dans ​d​es caves chauffées à​ Lendersdorf. Véritable luxe après ce qu´ils ont connu ​auparavant​.

La Roer est le dernier obstacle sur le chemin vers le cœur industriel du Troisième Reich. D´habitude une rivière au débit paisible, la Roer est méconnaissable après le dynamitage des barrages en amont de Düren, en premier celui du Schwammenauler Damm. Ses flots, ayant une profondeur moyenne de trois mètres, se déversent sur une largeur de plus de trente mètres avec une violence qui rend hasardeux tout passage en barque. Le niveau monte constamment et l´offensive est retardé​e​ par deux fois.

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La Wermacht fait exploser le barrage de Schwammenauler

Le plan du quartier général consiste à traverser le fleuve sur des barques après un intense bombardement. Des exercices avec des pneumatiques sont en cours et les soldats du génie préparent des pontons pour fantassins et matériel lourd en vue de l´attaque imminente.

Le pont de Lendersdorf n´avait été détruit que d´un quart du côté américain lors de la retraite de la Wehrmacht. Les piliers sont encore intacts du côté allemand, mais sont minés par des explosifs puissants et par deux bombes d’ avion de 500 kilos lesquelles peuvent être actionnées par câble à partir des nids de mitrailleuses qui arrosent le fleuve au moindre signe.

Le plan prévoit​ de préserver les piliers du pont encore intacts pour y installer une construction en acier pouvant supporter les tanks et les pièces d´artillerie nécessaires pour ouvrir la voie vers Cologneet et livrer la bataille décisive pour le contrôle de la région industrielle de la Ruhr. L’enjeu est de taille.

Une première tentative le 16 février d´un commando de trois volontaires s´approch​a​nt du pont pendant la nuit sur un canot échoue​ et​ tous ces volontaires disparaissent à jamais…

Le lendemain on tente par deux fois de répéter l´opération qui s’avère suicidaire. De nouveau tous sont tués. Mais le temps presse et il faut trouver rapidement une solution. Alors, Frankie se propose comme volontaire. Ayant vu ses camarades mourir les uns après les autres, il avait déjà longuement réfléchi à la solution du problème jusqu'alors insoluble. Il soumet son plan au commandant du quartier général. Le plan est accepté. ​"​Frankie, ​You are crazy​"​, lui disent ses camarades. Mais Frankie insiste pour tenter de réaliser son plan, ​qui consiste à approcher le pont à la nage tout seul​. Il décide de risquer le tout pour le tout. Le général Moore lui-même, commandant de la 8e division, lui souhaite "Good luck" et fait des vœux pour le succès de l’opération.

​Des journalistes de “Stars and Stripes” veulent l´interviewer, mais il à l’esprit ailleurs, il refuse.

La nuit du 18 février il est préparé pour la mission, son corps est enduit d´une épaisse couche de graisse. Son équipement consiste uniquement en un poignard et des cisailles coupe-câbles pour couper les fils de fer et désamorcer les explosifs accrochés au pont. Après minuit, douze des meilleurs hommes de sa compagnie​ qui ​l´accompagnent​​ s’approchent sur un sentier déminé de la berge sous le feu ​nourri ​des mitrailleuses. Sept de ces hommes allaient perdre leur vie dans les jours suivants...

Frankie pense qu´il est préférable d’entrer dans les flots une bonne centaine de mètres en amont du pont et de se laisser emporter sans faire du bruit par le courant puissant jusqu´au premier pilier du pont.

Ses amis lui souhaitent "Good luck" et lancent des branches dans la rivière pour le couvrir. Sans un bruit il se laisse pousser vers la berge ennemie par les flots glacés dans le noir de la nuit.

Arrivé au quatrième pilier il grimpe et sectionne les câbles. Il fait de même pour le troisième, le second et le premier. Ayant terminé il remarque qu´on s'agite du côté allemand. Des fusées éclairantes font sortir la rivière de l´obscurité et des tirs de mitrailleuses balayent la surface de l’eau.

Frankie décide de ne pas tenter la traversée vers la berge de ses camarades mais au contraire de s´approcher de la berge ennemie. Il se cache dans un cratère d´obus à quelques mètres seulement d´un ​poste​ de mitrailleurs dont il peut percevoir distinctement les voix.

Ce réflexe lui sauve la vie. En coupant les fils barbelés il se blesse. C’est seulement après que les tirs cessent qu´il plonge plusieurs fois sous la surface de l’eau jusqu’à la rive des ​troupes américaines​.

Ayant encore oublié le mot de passe un soldat américain lui tire dessus mais fort heureusement le rate.

Il ​est​ raccompagné​ au camp où on le reçoit triomphalement. Les soldats américains ne croient pas leurs yeux, c’est un revenant, un fantôme. On le croyait mort.

Le succès inespérée de l’opération est annoncée au Q.G. par le lancement des fusées éclairantes. Aussitôt, est déclenché un violent tir de barrage d'artillerie contre les positions ennemies. L'offensive vers le Rhin était en train de débuter...

​Pour cet exploit héroïque et de grande importance stratégique, Frankie Hansen, bien que civil étranger, est décoré en 1947 de la "Silver Star" ​en vertu de la résolution suivante du Sénat américain en 1947:

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Frankie Hansen décoré de la Silver Star par le général Armstrong à l'ambassade américaine au Luxembourg
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Résumé des citations et Distinctions de Frankie Hansen
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Frankie Hansen entre son épouse Betty et sa mère Catherine juste après la remise de la Silver Star
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Les décorations américaines de Frankie Hansen (de gauche a droite) Siver Star Medal - Purple Heart - Good Conduct Medal - European - African - Middle - Eastern - Campaign Medal - World War 2 Victory - Army of Occupation Medal
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1947, Frankie, après être décoré de la Silver Star, devant l'Ambassade Américaine

De la traversée de la Roer aux combats de la Ruhr jusqu'à la fin de la guerre.

A Lendersdorf, la traversée de la Roer en canots pneumatiques s'avère être un désastre. A cause du courant puissant presque tous les canots chavirent et seuls quelques uns réussissent à atteindre l'autre rive avec leurs soldats et leurs armes. Une tête de pont est néanmoins établie et agrandie les jours suivants.

Ce n’est que le 23 février que le bataillon commence à attaquer la ville de Düren, soutenu par un feu d'artillerie très nourri. Mais, l' invasion de la Ruhr par l’armée américaine se révèle être un vrai supplice.

À Düren et dans les villages environnants, il ne reste que des ruines mais la résistance allemande est farouche. Un obus de mortier fait 30 victimes, parmi lesquelles Frankie déplore de nombreux amis.

À Hürtgen, vue les énormes pertes quotidiennes, la consigne aux soldats américains était de ne pas trop se lier d’amitié entre eux car ils risquaient fort de perdre des amis le lendemain. Mais Frankie qui croyait beaucoup à l’amitié pensait autrement...

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Des GI's à Krauthausen
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Les allemands se rendent par centaines

A Steinroth et à Krauthausen, les usines et les maisons se conquièrent par l’armée américaine mètre après mètre. Ce scénario cauchemardesque se répète ville après ville, village après village. Bien que la défaite de la Wehrmacht ne fait plus de doute, des adolescents fanatisés de la Wermacht tiennent tête jusqu'à leur dernier souffle et font monter le bilan des morts des deux côtés.

Des soldats allemands en train de se rendre se font exploser avec les GIs, des enfants-soldats tendent des embuscades aux troupes américaines.

Des dizaines de milliers de soldats allemands se rendent à la 8e division, signe que le Troisième Reich tire à sa fin.

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...et par centaines de milliers

Frankie devient alors encore plus utile à l’armée américaine parce qu'il peut interroger les prisonniers et les habitants allemands dans leur langue.

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A Widdig avec Engen et deux autres camarades
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Frankie à Widdig
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A Widdig après les combats
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Frankie sur le jeep

Le 23 mars, dans Widdig, ville situé entre Cologne et Bonn, il interroge des civils et il apprend que deux soldats allemands envoient des signes radios de l'autre côté de la rivière. Armé d'un bazooka, il prend d'assaut la maison, tire deux roquettes à l'étage supérieur et neutralise les ennemis.

Le 29 Mars à Steineroth Frankie et deux soldats de son bataillon rampent à travers un champ et sans aucune protection s'avancent vers un nid des mitrailleuses. Mais ils sont vus et on leur tire dessus. Les deux compagnons de Frankie sont blessés, y compris son ami Merle F. Butler, décoré deux fois de la Silver Star.

Frankie prend alors d'assaut le nid ennemi, tout seul, tirant avec son Thompson. Il tue les deux gardes et capture le mitrailleur.

Frankie devait sa vie à Merle Butler. Blessé durant une patrouille pendant les combats dans le Hürtgenwald, son ami l'avait porté en sécurité sous les tirs de l'artillerie ennemie. Le fils de Merle Butler allait mourir pendant la guerre au Vietnam, à peu près 25 années plus tard.

Quand son bataillon arrive à Essen, ville au cœur de la région industrielle dominée par l'empire Krupp, les soldats s’installent pour quelque temps dans la célèbre villa Hügel de la famille Krupp, château situé à Bredeney (aujourd'hui partie d'Essen). Alfried Krupp, criminel nazi, membre des SS depuis 1931, et PDG de l'empire Krupp depuis 1943, y est arrêté et mis en prison par l'armée américaine en 1945. Il est le dernier Krupp à la tête de l'empire industriel fondé par son arrière-grand-père.

Frankie qui séjourne à la villa Huegel découvre le luxe du château.

Après un bain exquis dans la baignoire des Krupp, raconte-t-il, il se brûle la peau en s’exposant aux radiations d’une lampe à rayons ultraviolets, le dernier chic pour bronzage artificiel de ces grands seigneurs capitalistes…

La stricte discipline militaire n'était pas vraiment le fort de Frankie. Interrogeant les habitants, il entend dire qu’il y a une brasserie aux alentours. Cela lui donne une idée. Plusieurs camions sont réquisitionnés pour une “mission spéciale” et le brasseur ne peut qu'être d'accord...!

Et ce soir-là, le First Batallion apprécie cette bière bénite et gratuite. Un sentiment de bien-être s'empare des soldats stressés et fatigués, le sentiment que la paix est proche...

Frankie Hansen continue sa progression à l’intérieur de l'Allemagne avec la célèbre 8e division. Après avoir participé aux durs combats de la Ruhr il atteint et traverse finalement l'Elbe le 1er mai 1945, 10 jours avant la fin de la guerre.

Son incroyable odyssée antifasciste de résistant, déporté, partisan et même soldat de l’armée américaine envahissant l'Allemagne nazie allait bientôt prendre fin. Et sa nouvelle vie allait commencer...